02/01/2014

Les jobs inutiles sont t'ils utiles?

Les jobs inutiles sont t’ils utiles ?

 

L’idée.

 

L’idée prend forme à la vue de quelques images de l’Homme au travail dans une chaîne d’assemblage industriel. L’Homme debout devant un tapis roulant sur lequel défilent des petits objets en plastique, des pièces totalement inidentifiables, les objets ont visiblement été façonnés par une machine outil mais possèdent une petite excroissance en plastique qu’il faut faire disparaître. L’Homme saisit un objet d’une main et coupe cette petite excroissance  avec la paire de ciseaux qui ne quitte pas son autre main de la journée. Il jette l’objet  sur un autre tapis roulant. Trois cent fois à l’heure, deux mille quatre cent fois la journée, douze mille fois la semaine, quarante-huit mille fois le mois, cinq cent mille fois l’an, un geste qui sera donc répété plus de vingt millions de fois pendant toute sa vie par l’Homme debout avec sa paire de ciseaux.

 

La réflexion.

 

Les premières questions qui viennent à l’esprit en voyant ces images sont les suivantes :

 

Comment peut-on supporter cela ? Quelle est l’utilité de ce geste répété toute une vie ? Combien sont t’ils à le répéter ? La machine qui a façonné l’objet n’aurait t’elle pas pu éviter de former cette excroissance ou le couper elle-même ? Quel est le but ?

 

Beaucoup de questions qui en génèreront des milliers d’autres.

 

Ils sont des centaines de millions à travers le monde à répéter ce genre de geste pendant toute leur vie.

Pourquoi le supporter ? Parce qu’il faut travailler. Le geste en lui-même n’a aucune utilité, parce qu’il est évident que la machine pourrait être conçue de manière à couper cette excroissance juste après le façonnage.

 

 

Le travail.

 

Il semble donc acquis que la raison qui conduit l’Homme à répéter ce genre de geste pendant toute une vie est la nécessité de travailler, de s’occuper et d’occuper.

Mais est-ce une « raison » en soi ? Non, peu de personnes travaillent pour le plaisir de travailler, le travail doit donc être rendu nécessaire à l’Homme : Si l’Homme ne travaille pas il ne « mange » pas. Le verbe « manger » doit être accepté ici dans le sens de « vivre » : se nourrir, s’habiller, se loger et se distraire.

 

Comment en est t’on arrivé là ? Au départ, l’Homme, comme tous les autres animaux devait sans doute se suffire à lui-même. Quand il avait faim il partait chasser, quand il avait soif il partait trouver de l’eau. Quand il n’était pas assez fort ou assez habile pour chasser, il mourrait.

Assez rapidement, un homme a du se dire qu’il serait moins fatiguant d’envoyer un autre homme chasser à sa place. Pour persuader d’autres hommes de le nourrir il a du utiliser des méthodes de persuasion, la première a sans doute été la force mais cette méthode n’était pas accessible à tous. L’Homme qui n’était pas assez habile pour chasser et pas assez fort pour persuader d’autres de la faire à sa place à donc été obligé d’innover, d’inventer, donc de faire preuve d’intelligence en trouvant d’autres leviers de persuasion. La religion est sans doute apparue à cette époque avec l’échange d’un sortilège contre un morceau de viande. Les bons sentiments, la pitié, la promesse d’une récompense ultérieure et finalement le troc.

 

Encore fallait t’il avoir quelque chose à troquer. L’apparition  de l’échange de petits services spécialisés contre de la nourriture, la création de besoins inédits et  l’invention de ce qui permettra à l’Homme de couper des embouts en plastique avec une paire de ciseaux pendant toute sa vie : L’échange de services ou de biens de consommation contre un bon à valoir qui permettra l’obtention d’un autre service ou d’un autre bien : L’argent.

 

L’Homme pourra dorénavant trouver une occupation à la mesure de ces capacités, occupation qui lui permettra de gagner de l’argent et cet argent lui permettra de «  manger ». Il devient rapidement possible à l’Homme de promettre de l’argent à un autre Homme en échange de son travail et de lui faire générer par ce travail une quantité d’argent supérieure à la somme promise et de garder la différence qui permettra payer d’autres Hommes pour leur travail et donc de générer un différentiel de plus en plus important.

 

Un nouveau problème apparaîtra ensuite avec l’évolution de la morale et de la conscience religieuse, il ne sera plus possible de dire à l’Homme « Si tu ne travaille pas, tu ne mangera pas » puisque l’homme peut prendre conscience que le droit de manger et donc de vivre sans travailler lui à justement été confisqué par cette mise en place d’une société basée sur le travail et l’échange d’argent. On doit donc trouver une solution qui permettra de nourrir l’Homme qui ne travaille pas, l’Homme qui ne travaille plus ou l’Homme qui n’est pas apte à travailler. Des mécanismes seront donc mis en place pour occuper ou nourrir ceux-là.

 

On prendra donc soin de faire comprendre à l’Homme, dés sa naissance, que la durée de sa vie est limitée et que son comportement devra être conforme à ce que la société attends de lui :

 

Il devra donc utiliser le premier quart de sa vie à s’éduquer de manière à façonner son aptitude au travail.

Il devra ensuite faire ce qu’on attends de lui, travailler, pendant les deux quarts suivants.

Il sera motivé en cela par la promesse d’un dernier quart de vie libre, qui bien souvent sera vécu dans la maladie, la dégénérescence physique et l’attente de la fin.

La religion pourra éventuellement lui venir en aide à ce stade avec la promesse d’une vie ultérieure plus prometteuse.

 

Si l’Homme avait une espérance de vie de 24 ans en ne devenant adulte qu’a 18 ans, le préparerait t’on au travail en six ans pour une carrière de douze ans pour lui éviter l’ennui et la réflexion ?

 

Résumé comme cela, on peut se demander pourquoi cela marche t’il ? Pourquoi l’homme accepte t’il cela ?

 

D’autres mécanismes sont mis en place pour permettre à l’homme de le supporter ou pour lui éviter les questionnements. Les principaux sont la promesse d’une vie meilleure ultérieure par la religion, les distractions (sport par procuration, lecture, télévision, etc.…), la possibilité éventuelle d’une vie sans travail moralement acceptable par la loterie (le gain n’est pas nécessaire, l’espoir d’une possibilité suffit).

 

On peut ajouter à cela la création de nouveaux besoins qui seront présentés comme une récompense du travail. L’accès à ces nouveaux besoins sera rendu possible par l’attribution de salaires supérieurs aux besoins naturels de l’Homme.

 

La création de ces nouveaux besoins a donc une double utilité, la récompense et la distraction de l’Homme qui permet de détourner son esprit de la question du sens de sa vie mais aussi  d’occuper d’autres Hommes à la fabrication des objets de ces nouveaux besoins.

 

Si tous les hommes ne peuvent pas être occupés par la fabrication des objets de ces nouveaux besoins il sera nécessaire de trouver une occupation à l’homme inutile en lui faisant couper des embouts en plastique sur des pièces en plastique. Si malgré cela certains hommes restent inactifs, il est nécessaire de culpabiliser cette inactivité.

 

L’anthropologue David Graeber a dit « Un métier est d’autant moins payé qu’il est utile à la société ». Cela est de plus en plus vrai et de plus en plus d’hommes sont employés pour des fonctions inutiles. En réalité peu d’occupations humaines ont encore une utilité réelle.

On pensera immédiatement à l’homme qui coupe de embouts sur une chaîne de montage alors qu’un robot pourrait le faire sans aucun problème mais beaucoup d’Hommes pourraient constater l’inutilité de la fonction qu’ils occupent si ils prenaient le temps d’y penser. Se dire « que se passerait t’il si à partir de demain je n’allais plus travailler ? » Le monde serait-t-il moins bon ? Qui s’en rendrait compte hormis mon employeur ?

Si je m’absentais et que je n’étais pas remplacé, le bureau s’arrêterait t’il de fonctionner aussi sûrement que la chaîne de montage serait stoppée si l’Homme qui coupe des embouts ne se présentait pas le matin ?

Le pays sombrerait t’il dans la guerre civile si le ministre décidait de ne plus travailler ? Si l’absence d’un accord gouvernemental empêchait la formation d’un gouvernement pendant six mois, cela serait-t-il plus de conséquences que si les tous les hommes qui coupent des embouts décidaient de ne plus le faire et causaient une pénurie d’emballages pharmaceutiques ?

 

Les réponses sont : Non, non et non.

Glorification de la planète Terre : Que serait l’univers sans la Terre ?

Glorification de l’Homme : Que serait la Terre sans l’Homme ?

Glorification du travail : Que serait l’Homme sans travail ?

 

Le hamster glorifie t’il sa cage, sa gamelle, sa sciure ? Ou l’Homme qui les lui fournit ?

13:04 Écrit par John | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |